Lundi 22 juin 2009
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*1892"Le Socialiste", 16 octobre 1892
GREVE GÉNÉRALE Jules Guesde : Réponse ouverte, 16 octobre 1892
Dans une lettre ouverte qu'il m'adresse par la voie de La Démocratie de l'Ouest, le citoyen Fernand Pelloutier, de Saint-Nazaire, m'expose qu'il n'y a que " trois moyens de substituer à l'oligarchie actuelle un régime démocratique ayant pour base l'égalité économique. Ce sont : le suffrage universel, la grève générale et la Révolution. Et il s'étonne que, " répudiant comme lui l'insurrection, je refuse, contre lui, l'arme pacifique et légale de la grève générale ", pour m'en tenir au seul suffrage universel qui, en mettant toutes choses aux mieux, demandera cinquante ans pour aboutir. Jamais, ajoute mon correspondant, " les soldats de la grande armée socialiste n'attendront aussi longtemps ". Nous l'espérons bien, camarade. Aussi n'avons-nous a aucun moment, dans le Parti ouvrier, laissé croire aux travailleurs qu'ils pourraient s'affranchir électoralement. Si, en opposition avec les anarchistes, nous préconisons la participation au scrutin, c'est comme moyen de propagande, d'organisation et de lutte. Le vote – de classe – a pour but de constituer l'armée ouvrière, de l'entraîner par la petite guerre à coups de bulletins et de lui faire occuper, dans les corps élus, les positions qui, les événements aidant, lui permettront d'écraser l'ennemi en bloc et d'une seule fois. Mais jamais nous n'avons subordonné la prise de possession du pouvoir politique par le prolétariat – ce qui est la condition sine qua non de l'émancipation du travail et de la société – à une majorité socialiste dans le Parlement. Voudrions-nous reculer jusqu'à une pareille échéance la reprise et la socialisation des usines, mines, chemins de fer, ateliers et autres moyens de production et de transport, que nous serions emportés par le courant révolutionnaire, qui nous acculera à un 24 Février ou à un 4 Septembre dès que le Parti ouvrier aura groupé autour de son programme d'expropriation une minorité prolétarienne suffisante. Si nous sommes obligés d'écarter, comme un mirage trompeur, la grève générale qui hypnotise le citoyen Pelloutier et d'autres avec lui, c'est qu'elle serait plus longue encore que le suffrage universel à nous conduire au but. Ce n'est pas cinquante ans, c'est un siècle ou deux qu'exigerait cette suspension générale du travail, qui ne saurait cesser d'être mot vide pour devenir une réalité victorieuse qu'autant que la généralité des travailleurs y serait consentante et participante. Or, actuellement, alors que sans effort, sans risque d'aucune sorte, il serait loisible à la classe ouvrière de voter pour elle- même, pour ses propres candidats et contre les candidats de la classe exploiteuse, une minorité seulement a répondu à l'appel du socialisme. Qu'on juge après cela du temps qu'il faudrait pour que, au prix de son pain et du pain des siens, du pain de la femme et des enfants, non seulement la majorité mais l'unanimité des salariés fût amenée à faire le vide autour des chantiers abandonnés ! Ah ! certes, non, le Parti ouvrier n'ajournera pas à cette époque aussi lointaine qu'indéterminable la sortie de l'enfer social. Parti de Révolution, et par suite, d'insurrection, lorsque l'insurrection devient plus que possible, nécessaire, il n'accordera pas, il ne pourrait accorder sans trahison un pareil sursis à la digestion ou à l'indigestion bourgeoise. C'est violemment, par la force, que le Tiers-état s'est installé au pouvoir. C'est violemment, par la force qu'à la première faillite de la bourgeoisie gouvernementale, le Quart-Etat organisé dans son élite mettra sa main de producteur sur la République de l'heure présente. Loin de " répudier le moyen révolutionnaire ", citoyen Pelloutier, nous l'avons toujours donné comme inévitable, parce que l'histoire nous a appris qu'il n'y en avait pas d'autre. Vous parlez de trois moyens entre lesquels on serait libre de choisir. Il n'y en a et il n'y en a jamais eu qu'un seul. C'est l'Etat arraché à la classe privilégiée et devenant entre les mains de la classe sujette l'instrument de sa rédemption et de la transformation sociale. De là la méthode ou la tactique de notre Parti, qui est la méthode ou la tactique des partis socialistes de tous les pays : l'expropriation politique de la classe capitaliste aujourd'hui, son expropriation économique demain. J. Guesde – GREVE GÉNÉRALE http://www.marxists.org/francais/guesde/works/1892/10/guesde_1892... Sociologie de la CGT La CGT qui représentait 53 % des salariés syndiqués en 1946, ne représente plus aujourd’hui que 3 % des syndiqués français, avec 700 926 adhérents en 2005. Bernard Thibault (SNCF), en est le secrétaire général depuis 1999. Sa sociologie s’est modifiée au cours du temps : En 1946, elle représentait 53 % des salariés syndiqués. - ouvriers : 1945 : 65 % - 1998 : 39 % . - techniciens, maîtrise, cadres : « 12 % - « 27 % . Son implantation est faible chez les femmes : 48 % du salariat pour 27 % des syndiquées. La tendance est au vieillissement : en 1999, les 2/3 des adhérents ont plus de 40 ans. Elle est sur représentée dans le secteur public par rapport au privé : 2001 – Fédérations des mines et de l’énergie, (EDF), 12 % des effectifs ; métallurgie 10 % services publics , la Poste 9 et 9 % Santé ( Hôpitaux, cliniques) 8% SNCF 8% Cependant, la CGT demeure le première en terme d’audience électorale : - Comités d’entreprise : 2001 - 23 % - Prud’hommes : 2002 - 32,1 % - CFDT : 25 % - FO : 18 % L’abstention aux élections prud’homales progresse régulièrement : 36,9 % dans le secteur privé en 1979 pour 67,3 % en 2002. Les défis de la Cgt - l La nécessité de s’adapter à une rapide transformation du monde salarial qui ne représente plus (mais encore) que 27 % des salariés. Ouvriers et employés pour 53 % à 57 % du salariat forment les classes populaires. - Les couches nouvelles de techniciens, ingénieurs et cadres se développent rapidement ; - L’emploi féminin représente un emploi sur deux. - Les populations salariales sont de plus en plus métissées. Il devient nécessaire d’apporter des réponses au décalage entre la sociologie de la Cgt et les modifications de la composition du salariat. Ceci dans un contexte où il faudrait aussi répondre à ces questions qui traversent le syndicalisme français : - Une faible implantation ; - Le syndicalisme français dans sa version Cgt a toujours marqué peu d’intérêt pour le syndicalisme de service par rapport à un syndicalisme de luttes. - L'histoire sociale française est articulée autour de grandes crises : - l La grève de 1906 ; - l Les grèves de 1917 à 1920 ; - Les grandes grèves du Front populaire en 1936/1938 ; - La libération de 1946 à 48 ; - Les grèves de 1968 ; - La grève de 1995. Le mouvement syndical français entretient toujours un rapport étroit avec l’action politique. L’hostilité du patronat est permanent et celle de l’Etat s’y ajoute le plus souvent. C’est pour cela que le syndicalisme de négociation ne s’est pas développé en France. Quel projet syndical pour la Cgt ? Bernard Thibault n’est plus un dirigeant membre du Conseil national du PCF. Cependant chaque tendance du parti communiste occupe une place au sein de la direction de la centrale. Il existe donc un risque du transfert des divergences qui agitent les communistes. Nous avons pu le constater lors du positionnement de la Cgt sur le projet de traité européen. Comment la Cgt pourra t‘elle gérer cette question de son rapport aux partis politiques ? Va t’elle aller vers un syndicalisme d’accompagnement après la rupture idéologique avec le PCF ? Va t’elle conserver un modèle stratégique basé sur la lutte des classes ? Après son adhésion à la nouvelle centrale mondiale, la CSI, à la centrale européenne CES, la Cgt va t’elle abandonner ses références communistes, s’orienter vers des références social-démocrates ? Un syndicalisme d’accompagnement ? Quels seront ses rapports, parfois houleux, avec l’altermondialisme, bien qu’elle participe comme membre fondateur à l’association ATTAC.
GREVE GÉNÉRALE Jules Guesde : Réponse ouverte, 16 octobre 1892
Dans une lettre ouverte qu'il m'adresse par la voie de La Démocratie de l'Ouest, le citoyen Fernand Pelloutier, de Saint-Nazaire, m'expose qu'il n'y a que " trois moyens de substituer à l'oligarchie actuelle un régime démocratique ayant pour base l'égalité économique. Ce sont : le suffrage universel, la grève générale et la Révolution. Et il s'étonne que, " répudiant comme lui l'insurrection, je refuse, contre lui, l'arme pacifique et légale de la grève générale ", pour m'en tenir au seul suffrage universel qui, en mettant toutes choses aux mieux, demandera cinquante ans pour aboutir. Jamais, ajoute mon correspondant, " les soldats de la grande armée socialiste n'attendront aussi longtemps ". Nous l'espérons bien, camarade. Aussi n'avons-nous a aucun moment, dans le Parti ouvrier, laissé croire aux travailleurs qu'ils pourraient s'affranchir électoralement. Si, en opposition avec les anarchistes, nous préconisons la participation au scrutin, c'est comme moyen de propagande, d'organisation et de lutte. Le vote – de classe – a pour but de constituer l'armée ouvrière, de l'entraîner par la petite guerre à coups de bulletins et de lui faire occuper, dans les corps élus, les positions qui, les événements aidant, lui permettront d'écraser l'ennemi en bloc et d'une seule fois. Mais jamais nous n'avons subordonné la prise de possession du pouvoir politique par le prolétariat – ce qui est la condition sine qua non de l'émancipation du travail et de la société – à une majorité socialiste dans le Parlement. Voudrions-nous reculer jusqu'à une pareille échéance la reprise et la socialisation des usines, mines, chemins de fer, ateliers et autres moyens de production et de transport, que nous serions emportés par le courant révolutionnaire, qui nous acculera à un 24 Février ou à un 4 Septembre dès que le Parti ouvrier aura groupé autour de son programme d'expropriation une minorité prolétarienne suffisante. Si nous sommes obligés d'écarter, comme un mirage trompeur, la grève générale qui hypnotise le citoyen Pelloutier et d'autres avec lui, c'est qu'elle serait plus longue encore que le suffrage universel à nous conduire au but. Ce n'est pas cinquante ans, c'est un siècle ou deux qu'exigerait cette suspension générale du travail, qui ne saurait cesser d'être mot vide pour devenir une réalité victorieuse qu'autant que la généralité des travailleurs y serait consentante et participante. Or, actuellement, alors que sans effort, sans risque d'aucune sorte, il serait loisible à la classe ouvrière de voter pour elle- même, pour ses propres candidats et contre les candidats de la classe exploiteuse, une minorité seulement a répondu à l'appel du socialisme. Qu'on juge après cela du temps qu'il faudrait pour que, au prix de son pain et du pain des siens, du pain de la femme et des enfants, non seulement la majorité mais l'unanimité des salariés fût amenée à faire le vide autour des chantiers abandonnés ! Ah ! certes, non, le Parti ouvrier n'ajournera pas à cette époque aussi lointaine qu'indéterminable la sortie de l'enfer social. Parti de Révolution, et par suite, d'insurrection, lorsque l'insurrection devient plus que possible, nécessaire, il n'accordera pas, il ne pourrait accorder sans trahison un pareil sursis à la digestion ou à l'indigestion bourgeoise. C'est violemment, par la force, que le Tiers-état s'est installé au pouvoir. C'est violemment, par la force qu'à la première faillite de la bourgeoisie gouvernementale, le Quart-Etat organisé dans son élite mettra sa main de producteur sur la République de l'heure présente. Loin de " répudier le moyen révolutionnaire ", citoyen Pelloutier, nous l'avons toujours donné comme inévitable, parce que l'histoire nous a appris qu'il n'y en avait pas d'autre. Vous parlez de trois moyens entre lesquels on serait libre de choisir. Il n'y en a et il n'y en a jamais eu qu'un seul. C'est l'Etat arraché à la classe privilégiée et devenant entre les mains de la classe sujette l'instrument de sa rédemption et de la transformation sociale. De là la méthode ou la tactique de notre Parti, qui est la méthode ou la tactique des partis socialistes de tous les pays : l'expropriation politique de la classe capitaliste aujourd'hui, son expropriation économique demain. J. Guesde – GREVE GÉNÉRALE http://www.marxists.org/francais/guesde/works/1892/10/guesde_1892... Sociologie de la CGT La CGT qui représentait 53 % des salariés syndiqués en 1946, ne représente plus aujourd’hui que 3 % des syndiqués français, avec 700 926 adhérents en 2005. Bernard Thibault (SNCF), en est le secrétaire général depuis 1999. Sa sociologie s’est modifiée au cours du temps : En 1946, elle représentait 53 % des salariés syndiqués. - ouvriers : 1945 : 65 % - 1998 : 39 % . - techniciens, maîtrise, cadres : « 12 % - « 27 % . Son implantation est faible chez les femmes : 48 % du salariat pour 27 % des syndiquées. La tendance est au vieillissement : en 1999, les 2/3 des adhérents ont plus de 40 ans. Elle est sur représentée dans le secteur public par rapport au privé : 2001 – Fédérations des mines et de l’énergie, (EDF), 12 % des effectifs ; métallurgie 10 % services publics , la Poste 9 et 9 % Santé ( Hôpitaux, cliniques) 8% SNCF 8% Cependant, la CGT demeure le première en terme d’audience électorale : - Comités d’entreprise : 2001 - 23 % - Prud’hommes : 2002 - 32,1 % - CFDT : 25 % - FO : 18 % L’abstention aux élections prud’homales progresse régulièrement : 36,9 % dans le secteur privé en 1979 pour 67,3 % en 2002. Les défis de la Cgt - l La nécessité de s’adapter à une rapide transformation du monde salarial qui ne représente plus (mais encore) que 27 % des salariés. Ouvriers et employés pour 53 % à 57 % du salariat forment les classes populaires. - Les couches nouvelles de techniciens, ingénieurs et cadres se développent rapidement ; - L’emploi féminin représente un emploi sur deux. - Les populations salariales sont de plus en plus métissées. Il devient nécessaire d’apporter des réponses au décalage entre la sociologie de la Cgt et les modifications de la composition du salariat. Ceci dans un contexte où il faudrait aussi répondre à ces questions qui traversent le syndicalisme français : - Une faible implantation ; - Le syndicalisme français dans sa version Cgt a toujours marqué peu d’intérêt pour le syndicalisme de service par rapport à un syndicalisme de luttes. - L'histoire sociale française est articulée autour de grandes crises : - l La grève de 1906 ; - l Les grèves de 1917 à 1920 ; - Les grandes grèves du Front populaire en 1936/1938 ; - La libération de 1946 à 48 ; - Les grèves de 1968 ; - La grève de 1995. Le mouvement syndical français entretient toujours un rapport étroit avec l’action politique. L’hostilité du patronat est permanent et celle de l’Etat s’y ajoute le plus souvent. C’est pour cela que le syndicalisme de négociation ne s’est pas développé en France. Quel projet syndical pour la Cgt ? Bernard Thibault n’est plus un dirigeant membre du Conseil national du PCF. Cependant chaque tendance du parti communiste occupe une place au sein de la direction de la centrale. Il existe donc un risque du transfert des divergences qui agitent les communistes. Nous avons pu le constater lors du positionnement de la Cgt sur le projet de traité européen. Comment la Cgt pourra t‘elle gérer cette question de son rapport aux partis politiques ? Va t’elle aller vers un syndicalisme d’accompagnement après la rupture idéologique avec le PCF ? Va t’elle conserver un modèle stratégique basé sur la lutte des classes ? Après son adhésion à la nouvelle centrale mondiale, la CSI, à la centrale européenne CES, la Cgt va t’elle abandonner ses références communistes, s’orienter vers des références social-démocrates ? Un syndicalisme d’accompagnement ? Quels seront ses rapports, parfois houleux, avec l’altermondialisme, bien qu’elle participe comme membre fondateur à l’association ATTAC.
Par PG21
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Publié dans : Une histoire du syndicalisme par Allain Graux
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